GIP du futur parc National des forêts de Champagne et Bourgogne
-A +A
Share
Le 28/11/2017
Filière forêt-bois
Ce dimanche 26 novembre, à Vaillant (52) dans les locaux de l'association organisatrice Autour de la Terre, plus de 150 personnes ont assisté à la projection du film L’Intelligence des arbres. Film réalisé par Julia Dordel et Guido Tölke, et à un débat à l'issue de la projection en partenariat avec Isabelle MEURILLON, chargée de mission forêt-bois au GIP du futur Parc national et Zoé Lefort, Ingénieur forestier, Membre du Réseau pour les Alternatives Forestières.

Résumé : Un forestier en Allemagne, Peter Wohlleben, a observé que les arbres de sa région communiquent les uns avec les autres en s'occupant avec amour de leur progéniture, de leurs anciens et des arbres voisins quand ils sont malades. Le documentaire montre le travail minutieux et passionnant des scientifiques, nécessaire à la compréhension des interactions entre les arbres ainsi que les conséquences de cette découverte.

 

Isabelle MEURILLON a délivré une analyse nuancée et fine du film, apaisant la controverse possible et ramenant l’équilibre entre les extrêmes : couper la forêt à tout-va et ne plus rien toucher du tout.

Après avoir rappelé que, depuis longtemps, bandes dessinées, films, romans, poésies, contes et légendes font appel à l’imaginaire en attribuant des traits et caractéristiques humains aux arbres, elle a expliqué le « phénomène » du film L’Intelligence des arbres. En effet, les travaux de recherche évoqués dans le film ne sont pas nouveaux et pour autant, on observe depuis quelques mois un déferlement de livres, d’articles de presse, de conférences, de vidéos, d’échanges sur les réseaux sociaux, … sur le sujet du Wood Wide Web. Le Wood Wide Web qualifie un réseau sous-terrain de mycorhizes, qui relient les mycéliums de champignons et les fines racines des arbres, connectant les arbres entre eux et qui permet des transferts de molécules et donc d’informations entre les arbres.

Au-delà de la controverse par certains membres de la communauté scientifique et forestière (cf. avis de l’Académie de l’agriculture de France : « Sources absentes ou non vérifiables, extrapolations non justifiées, interprétations abusives et même erreurs manifestes » ou le livre « ne peut pas être considéré comme un ouvrage de vulgarisation scientifique »), le film L’Intelligence des arbres, et le livre correspondant, La vie secrète des arbres, connaissent un succès indéniable. Le livre a été traduit en 32 langues et vendu à 250 000 exemplaires en France, 1 million en Allemagne.

« Quelque chose est en train de se produire dans la société autour de l’arbre, oui mais quoi ? » questionne Isabelle. Elle a partagé avec le public quelques réflexions, en lien avec le projet de Parc national des forêts de Champagne et Bourgogne, pour alimenter le débat.

D’après elle, au-delà de la controverse, il faut se réjouir qu’enfin, « on parle de l’arbre, des arbres », qui, justement, sont aussi la raison d’être du futur Parc national, dédié aux forêts feuillues de plaine. Ce film permet ainsi de voir les arbres autrement.

De voir les arbres comme vivants, dynamiques, en interaction et non pas figés, immobiles comme on pourrait le croire. Le film pose d’ailleurs la question : pourquoi avons-nous plus de difficultés à comprendre les plantes plus que les animaux ?
Le film explique de façon simple les savoirs scientifiques, sans craindre l’anthropocentrisme (le papa-arbre, la maman-arbre…) qui peut aider à la compréhension ; on parle d’amitié, de tempérament, d’intelligence des arbres… Alors comment continuer d’éveiller la curiosité de tous les publics ? Comment se familiariser avec la démarche scientifique ? Quelques exemples existants ou à imaginer dans le futur Parc national sont cités : Ecole de la Forêt, Association Les Petits Débrouillards, Centre d’interprétation de la forêt - des racines à la canopée -, thérapie par les arbres, alliances entre scientifiques et artistes…
De sortir de la dichotomie : gestion vs non gestion. Sur ce sujet, le film est un peu radical : « La tronçonneuse comme arme de destruction massive ». Alors l’Homme en forêt doit-il seulement être un observateur, un promeneur, un contemplateur ? Peut-être faut-il imaginer de nouveaux métiers, des médiateurs de la forêt, pour expliquer la gestion forestière ?

Le public présent a posé plusieurs questions sur la nature sauvage, sur les forêts primaires, sur la définition d’une gestion « raisonnée » ou durable et multifonctionnelle (permettant à la fois la production de bois, la préservation des patrimoines et les loisirs), sur les modes d’exploitation des bois, sur la gestion forestière dans le futur Parc national... Des exemples, très inspirants, de bonne gestion des forêts, à Paris et à Auberive, ont été évoqués.
De reconnecter la forêt et le produit bois. Si nous sommes sensibles au travail des artisans, des menuisiers, des charpentiers, aux start-ups qui inventent de nouveaux produits en bois (lunettes, skates...), aux architectes qui construisent, comment réagissons-nous face à une machine en forêt et à un bûcheron ? Le bois est un matériau accessible, durable, écologique et économique, il permet de lutter contre le changement climatique, de maintenir les entreprises locales et les emplois locaux et de créer de la valeur ajoutée.

Aux forestiers et à la société d’être créatifs pour inventer la forêt (le monde ?) de demain !

=>  BANDE ANNONCE DU FILM  <=